Juillet 2019 – Reconnection à la nature.

Les vacances arrivaient à grand pas et je partais avec mon amoureux en camping. Seulement c’était un camping peu commun : naturiste. En effet, je pratique ce mode de vie depuis ma naissance avec mes parents. Ceux-ci m’ont toujours dit de rester discret sur le sujet, de ne pas en parler aux gens car on ne pouvait pas prédire leurs comportements / réactions. Étant enfant, je pensais qu’être naturiste relevait de la norme sociale. Je me suis rendue compte, au fil du temps, que ce n’était pas le cas.

J’avais peur en arrivant au camping, de ne pas réussir à « me mettre à nu ». Je me trouvais moche, j’avais totalement perdu confiance en moi, en mon corps. C’était la première fois de ma vie que cela m’arrivait.

Une fois arrivés, je me suis rendue compte qu’automatiquement j’ai enlevé mes vêtements. Mon amoureux, lui, allait découvrir ce merveilleux petit coin de paradis. Nous avons fais connaissances avec des personnes extra. Le soleil tapait sur la vallée où nous étions. Nous allions beaucoup à la rivière nous rafraîchir. Cela me faisait beaucoup de bien. Pour la première fois, en un jour, j’ai pu me trouver jolie dans un miroir. J’avais repris progressivement confiance en moi au cours des vacances même si c’était loin d’être gagné. Mon amoureux s’y sentait bien, il comprenait pourquoi je revenait dans ce coin de paradis chaque année depuis mon enfance. Il avait beaucoup aimé l’expérience.

En discutant avec des amis, je me rends compte que l’on a pas tous le même rapport au corps, à la nudité. Dans le sens où j’ai parfois du mal à comprendre la vision de la nudité qu’ont les autres. J’ai pu apercevoir des gênes, des rires le peu de fois où j’en parlais envers des personnes en qui j’avais confiance. Des gens m’ont posé des questions curieuse (dans le bon sens), des questions pratiques : « mais comment tu fais quand tu as tes règles ? », « les hommes ne bandent pas ? » – Je mets une cup ou serviette + short ou paréo; Bah non, ils ne bandent pas. Je me rends compte que c’est souvent les mêmes questions. Il y a même parfois des fantasmes sur le naturisme d’ordre sexuels ou de « comment ça doit se passer dans les campings ». J’ai du mal à comprendre comment on associe sexualité et nudité alors qu’il est juste question d’être nu en pleine nature. Et non de sexualité. Je crois que y’a des gens qui s’imaginent que y’a des orgies. Il m’est arrivé que l’on me parle du Cap d’Agde, or la plupart des gens qui vont là-bas ce n’est pas pour pratiquer le naturisme si vous voyez ce que je veux dire. Beaucoup d’idées, d’affabulations mais au final tant que l’on ne l’a pas vécu, on ne sait pas ce que c’est.

Le naturisme prône des valeurs telles que le respect de la nature, le respect de l’autre. Finalement, les gens que vous voyez dans la rue (grand-parents, enfants, parents, personnes ayant eu une ablation du sein, des gros, des minces…). Il n’y a pas de corps parfaits. Les voyeurs / personnes mal intentionnées sont très vite repérés et chassés. Le naturisme c’est vivre en communion avec la nature. Se sentir libre. Accepter son corps. C’est aussi se rendre compte que la réalité ce n’est pas les magasines où l’on prône LE body, où l’on vous ment et on vous mets une pression car pour être belle la réalité c’est qu’il faut être comme si, faire comme cela. Là, dans le naturisme, l’on voit l’authenticité. On est aimé pour ce que l’on est, pas pour ce que l’on a ou ce que l’on paraît avec nos artifices.

Il arrive que le peu de fois où je parle de mon mode de vie, je me sens un peu démunie pour me faire comprendre. Les gens ne réagissent pas tous de la même manière. On a pas tous la « même maturité » que ce soit de l’esprit ou à notre rapport au corps. Loin de moi d’être méprisante dans mes propos. Ce que je veux dire, c’est que certains écoutent attentivement et posent des questions tandis que d’autres rient « comme des enfants » comme si ils découvraient en posant des questions à tort et à travers sans réelles pertinences. Je ne le prends pas mal mais cela peut m’irriter car je trouve cela limite irrespectueux. Même si je pense qu’ils ne voient pas le mal.

Au jour où j’écris cet article, j’ai tellement hâte d’y retourner.

Juin 2019 – 15 jours après ou la fin des anxiolytiques.

Progressivement je reprenais de l’énergie. J’arrivais à sortir voir des amis, mais je payais le prix sur plusieurs jours où je dormais beaucoup. Cependant, je sentais que cela me faisait du bien. Que cela me redonnait de l’énergie mentale. Le burn-out vous apprend à vivre dans l’instant présent, au jour le jour, à gérer votre pourcentage d’énergie qui varie selon les jours. J’ai appris à m’écouter, moi qui étais plus du genre à bouger tout le temps, j’avais dû me stopper. Mon corps n’en pouvait plus d’avoir été aussi malmené, agressé. Il était temps de prendre du repos.

Puis était venu le jour où je devais arrêter mon anxiolytique. J’appréhendais ce moment car je savais que si pendant deux semaines je me sentais un peu euphorique, l’arrêt de ce médicament allait me faire revenir à une certaine réalité. Le lendemain, je sentais une angoisse m’envahir. J’avais envie de reprendre cet anxiolytique. Mais je me suis raisonnée. Les deux premiers jours n’étaient pas évidents. Le stress, la peur de l’échec / de mon avenir revenaient. Cependant, je tendais à tenir en équilibre. Je n’ai jamais repris un anxiolytique depuis lors.

J’avais pu commencer à prendre ma voiture pour faire des petites courses. J’y allais à l’ouverture pour ne croiser personne. C’était un peu moins dur pour me lever, bien que cela dépendait vraiment des jours. Je sortais voir ma famille, mes amis, la famille de mon amoureux. Cela me faisait du bien même si une partie de moi voulait rester sous la couette ou que j’en payais le prix.

Peu de gens étaient au courant de mon état. Mon copain et mes parents étaient les premiers informés. Je n’avais rien dit à mes amis. Était-ce peut-être pour ne pas les inquiéter ou parce-que je ne suis pas du « genre à me plaindre ». Ce qui est une erreur, un mauvais jugement car il n’est pas question de se plaindre. En parler fait véritablement du bien, surtout quand votre entourage est bienveillant. Je me sentais affaiblie, comme sans défense voire totalement vulnérable. Dans ces moments-là je me suis protégée de ce qui me semblait être « de trop » pour moi. Ma santé était devenue une priorité même si les autres risquaient de ne pas comprendre. Je gardais mon état secret pendant un long moment. Progressivement, j’avais commencé à en parler à mes amis.

Il m’arrivait d’être invitée mais je ne pouvais pas toujours répondre présente. Là, j’avais remarqué que certaines personnes avaient du mal avec le « non ». Frustration ? C’était rare mais on m’avait plusieurs fois demandé pourquoi. Je répondais que j’étais fatiguée. J’avais le droit à des « mais moi aussi je suis fatigué ! ». Dans ma tête, je riais jaune. Je me disais « oui enfin ce n’est pas la même fatigue ». Ces gens ne savaient pas. Par contre, j’ai toujours du mal à comprendre qu’il faille souvent se justifier. On a le droit de dire non, de refuser une invitation et sans forcément se justifier derrière.

Étant une personne qui ne donne pas de nouvelles, je me recroquevillais davantage sur moi-même. Je parlais vite fait de mon état pour simplement « tenir au courant ». Mais je ne parlais pas de mon quotidien, de mes difficultés, de mon épuisement, de mes peurs. Je gardais le sourire, un masque comme j’ai toujours su mettre pour ne pas inquiéter mon entourage. Seulement, progressivement le masque avait du mal à tenir.

En me voyant dans la glace, je me suis aperçue que je portais mon mal-être. Cela se voyait. Je me trouvais tellement… moche. Je n’osais plus me regarder dans le miroir. Je le fuyais. Je me disais « qu’est-ce que mon amoureux fait encore avec moi ? ». Je ne me maquillais plus. Malgré tout, mon amoureux me disait (et me le dit toujours) tous les jours que j’étais belle. Il avait été d’un grand soutien et pas uniquement que de par ses mots. Je le considérais comme l’homme de ma vie, mais cette épreuve me le confirmais. Cela devait être dur pour lui de me voir dans cet état. Moi qui suis une personne solaire, guillerette, positive, je relativise beaucoup… là c’était tout le contraire. Pour la première fois de ma vie, je me rendais compte que j’étais fortement impactée par ce qu’il m’arrivait. Je n’étais pas mise K.O mais j’avais les genoux à terre. Il était difficile pour moi de marcher comme d’habitude. Mais j’allais apprendre au fil du temps que j’avais plus de ressources que je n’imaginais, voire que je ne me pensais pas aussi forte.

Juin 2019 – Deux semaines d’euphories.

Après mon rendez-vous chez ma médecin, je m’étais dirigée vers la pharmacie pour prendre mes médicaments. Puis, je m’asseyais à une terrasse d’un bar qui se trouvait non-loin de là. J‘étais en compagnie de ma mère. Elle m’avait emmenée consulter car je n’étais plus capable de conduire. On buvait un thé, il y avait du soleil et peu de monde, cela me faisait du bien. Je crois que mes parents ne m’avaient jamais vu dans cet état. Ce ne doit pas être facile de voir son enfant en détresse et de se sentir impuissant face à cela.

Lorsque j’avais commencé mon traitement, je passais mes jours à dormir. Je me levais à 10h00, j’errais jusque midi en prenant difficilement un petit-déjeuner. J’étais complètement shootée aux anxiolytiques (bien que j’avais la dose minimale). Mais au moins je ne pleurais plus. Le problème avec les anxiolytiques c’est que l’on peut vite devenir dépendant si l’on ne respecte pas le traitement à la lettre. Pas plus de 15 jours. En stage, j’étais aux urgences et j’ai pu voir des personnes dépendantes aux anxiolytiques voire à d’autres médicaments (toxicomanie etc.). C’est très difficile de s’en sortir. Les patients rechutent, sont dans des situations désastreuses. Les médicaments ne sont pas des bonbons, ni à prendre à la légère. En ayant conscience de cela, je suivais scrupuleusement mon traitement. Je ne voulais pas me rajouter un poids que j’allais plus que difficilement devoir m’enlever. Si ce n’est, me conduire à l’échec.

Vers 13h00, j’allais me recoucher. Epuisée. Je dormais jusque 16h00. Puis mon objectif était de faire la vaisselle. Je ne voulais pas que mon amoureux me voit comme un zombie. Incapable de faire quoique ce soit. Être un poids pour lui. C’était dur mais j’ai continué à faire la vaisselle même si parfois c’était comme une montagne.

Mon amoureux rentrait du travail, je l’accueillais. Il jouait de la guitare. Je m’étais assise dans le fauteuil en train de le regarder jouer. Comme une sorte de transe. J’étais shootée oui, mais je prenais plaisir à le voir jouer. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cela. Je suis une personne qui m’émerveille d’un rien. Je n’ai pas besoin qu’on m’offre des objets chers. Rien que de voir un joli paysage par exemple. Je suis comme ça. Je le contemplais jouer. Qu’est-ce qu’il jouait bien ! Il me regarda un instant en me faisant remarquer mon état, il rigolait gentiment. Moi-aussi. J’étais comme joyeuse, comme si j’avais bu un petit peu. Mais ça me faisais du bien.

J’allais me coucher après le repas. Épuisée. Alors que je n’avais rien fais. L’avantage quand on est shootée, c’est que l’on ne réfléchit pas des masses. On ne se pose pas trop de questions. On ne rumine pas. On est connecté au présent et ça, ça fait du bien.

Quand j’avais la force dans la journée, je flânais sur les réseaux. Je suis tombée sur une vidéo d’une femme ayant fait un burn-out. Je l’écoutais attentivement. Je me retrouvais en ce qu’elle disait. Cela me faisait du bien de l’entendre. Je nous trouvais des points communs même. Le burn-out, le mal du siècle disaient-ils.

Il m’était impossible de prendre la voiture. L’anxiolytique est de niveau trois. Je ne faisais pas les courses. Mon amoureux s’en chargeait. Les choses de bases étaient devenues insurmontables. C’est là où je me rendais compte de l’énergie que cela pouvait prendre, mais de l’énergie dont je disposais. C’est-à-dire très peu. Une batterie de téléphone dans le rouge, à 2%. On ne peut pas faire grand chose. Je ne me sentais pas capable de l’accompagner faire des courses, affronter la foule, les gens, le bruit. Cela allait me prendre toute mon énergie, du moins le peu que j’avais. Je sentais que j’allais « le payer ». Je n’allais pas tarder à savoir ce que cela voulait dire…

Juin 2019 – Le commencement

En juin 2019, le diagnostic de ma médecin tombe. Burn-out.

Depuis des mois, j’ai été mise à rude épreuve et mon corps est arrivé à un stade où il n’en pouvait plus. Je l’avais surexploité, maltraité, malmené. Je n’avais pas été bienveillante avec lui. Pourtant il m’avait envoyé des signaux : cauchemars, stress, angoisses… je suis même tombée dans les pommes sur mon lieu de stage.

Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Je pleurais tout le temps, je me laissais malmener par mes tutrices de stage. Moi qui ai une personnalité où je ne suis pas du genre à me laisser faire. Dépersonnalisation. Plus grand-chose ne me touchait, je m’étais comme écartée de mes émotions pour survivre. J’encaissais. Je perdais progressivement ma joie de vivre naturelle. Mais je n’en avais pas encore conscience. Je me suis laissée emportée dans cette spirale infernale qu’est le burn-out.

A la fin de mon stage début mai 2019, je me sentais profondément triste et en colère. Surtout contre moi-même. Je me trouvais nulle, incapable, limite misérable. Ces malveillances toxiques qui n’ont jamais été aussi fortes et présentes. Je passais mes jours à pleurer. Moi qui suis à la base joyeuse de vivre, qui arrive à relativiser quand ça ne va pas, qui suis forte au vu de mon vécu… là, je me sentais faible, anéantie, impuissante. Je me sentais fatiguée mais ce n’était pas la même fatigue que j’ai pu connaître par le passé. Elle était plus profonde, plus marquée. A ce stade, je ne pouvais plus parler de fatigue mais d’épuisement. Je ne récupérais plus.

Un jour, des pensées suicidaires me passèrent par l’esprit. J’habite près d’un canal et plusieurs fois je me suis dit « un coup de volant et c’est fini, tes problèmes s’envolent ». Il m’est arrivé d’avoir des pensées suicidaires lorsque j’étais ado cependant c’était une passade qui ne durait pas. Là, ça durait, ça s’accentuait. Je pleurais. Je me voyais sans avenir, nulle, désespérée. Je me disais que ça passerai mais cela ne faisait que croître progressivement.

C’est à ce moment-là où je me suis dit que quelque chose n’allait pas. Que je n’allais pas y arriver seule. Que j’avais besoin de me faire aider. Je suis donc allée consulter ma médecin. Et le diagnostic ne se fait pas attendre. Burn-out. Je lui demande un traitement médicamenteux. Elle me prescrit un anti-dépresseur que je prends encore aujourd’hui. J’ai pris des anxiolitiques pendant 14 jours et des gouttes pour dormir durant 7 jours. Moi qui prône les méthodes naturelles… j’ai rapidement compris que j’en avais besoin. Cela s’est confirmé avec le temps.

Je pensais qu’après ces deux semaines de traitement j’allais me sentir mieux. Que ma médecin allait rapidement m’enlever mon anti-dépresseur, que c’était une petite passade et que j’allais me reprendre. Or ce n’était que le commencement…

Introduction

Bonjour !

Je suis une jeune femme de 28 ans ayant fait un burn-out en juin 2019. Le burn-out est une épreuve difficile et je souhaite partager avec vous mes pensées, mon évolution. Mon combat contre moi-même en somme.

Si vous êtes en burn-out, qu’un de vos proches l’est ou que vous vous intéressez sur le sujet, ce blog vous permettra (du moins je l’espère) de vous aider dans votre démarche.

Merci pour votre lecture, pour votre bienveillance !

Mademoiselle Anonyme